Rythmé par les airs celtiques entonnés par les sonneurs vannetais Tchock, Splann ! a passé une bonne partie du 14 mai dernier à jouer au jeu du chat et de la souris avec Erik Tegnér. Il faut dire que depuis l’annonce de l’inauguration de la brasserie Kerfave, à Pléguien (22), la date était cochée dans tous les agendas.
Aussi bien par l’arrière-garde de l’extrême droite régionaliste et nationaliste – à l’image de l’élu zemmourien briochin Pierre-Yves Thomas, du directeur de la revue identitaire Synthèse nationale Roland Hélie ou encore du fondateur du site Riposte laïque Pierre Cassen -, que par un important cortège d’opposants.
En ce jeudi pluvieux, 400 personnes sont contenues par un impassible cordon bleu. De l’autre côté de l’étroit no man’s land préservé par la gendarmerie, on se presse pour déguster la pression de cette nouvelle entreprise locale, dont l’un des deux associés n’est autre qu’Erik Tegnér.
Issu d’une famille frontiste très proche des Le Pen, le trentenaire s’est essayé à la politique avant de faire du journalisme la plateforme de son idéologie souverainiste et identitaire.
Partisan « d’une droite réactionnaire, intransigeante sur l’islam et anti-étatiste », d’après un portrait qu’en dresse Libé en 2023, ce dernier s’est notamment fait connaître par les récents coups d’éclat de sa revue : de la publication des noms et adresses d’avocats spécialisés en droit des étrangers et de collaborateurs de La France insoumise à des happening organisés dans les jardins de l’Assemblée.
Une marque de fabrique, tant éditoriale que politique, qui succède à la chaîne YouTube Livre noir, premier média lancé en 2021 par Erik Tegnér. Et dont le nom est une référence claire à cet ouvrage d’un autre Eric : « Le livre noir de la droite », signé par Zemmour, en 1998.
« Aimer la France »
Plus que l’ouverture de Kerfave, déjà abondamment chroniquée par la presse locale et les médias nationaux, dont cet article de notre partenaire Basta !, c’est à un autre projet du chroniqueur de CNews que Splann ! s’intéresse : la création d’un média breton par celui qui est aujourd’hui devenu l’une des têtes de gondole de la chaîne bollorisée.
Dans un courriel, envoyé le 16 décembre 2025 aux abonnés de sa newsletter et auquel nous avons eu accès, le journaliste-brasseur écrit : « Et si on investissait la Bretagne ensemble ? » Derrière le point d’interrogation introductif, une affirmation : « Pour soutenir ce projet, il n’est pas nécessaire d’être breton [sic] mais d’aimer la France. »
« Vous le savez, note le journaliste, mon cœur est d’abord en Bretagne. J’y vis depuis tout petit […], certains d’entre vous l’ont découvert lorsque cet été j’y ai été agressé avec ma fiancée par des antifas lors d’une fête de village. »
Erik Tegnér fait ici référence à des faits remontant au 31 juillet 2025 et ayant eu lieu dans le cadre des « Jeudis en fête » de Plouha (22). Une agression qui s’est soldée par la condamnation, le 24 septembre suivant, d’un homme de 24 ans à 400 euros d’amende pour « violence en réunion ».
« Ce jour-là, poursuit ce proche de Marion Maréchal, passé par le FN et l’UMP, j’ai compris quelque-chose : l’extrême gauche se sent encore chez elle dans cette si belle région, et cela doit cesser. »

Bien décidé à « défendre cette si belle région », celui qui a également été condamné en première instance en tant que directeur de publication (il a fait appel de ce jugement), le 15 octobre 2025, pour « injures publiques à caractère raciste », suite aux propos tenus dans son magazine par l’ancienne Femen Marguerite Stern, clarifie les contours de ce « projet complémentaire de Frontières » auprès de ses abonnés.
« Au-delà du combat au niveau national, invite Erik Tegnér, il faut pouvoir défendre nos terroirs, et lutter contre l’invasion migratoire et l’insécurité qui peu à peu infiltrent nos coins les plus beaux de France. »
« Des figures clés de Frontières »
C’est de l’embryon de ce média et de l’aboutissement d’une levée de fonds estimée à 50.000 euros que nous aurions aimé pouvoir échanger avec lui. D’autant que, dans sa missive, le journaliste annonce vouloir lancer ce magazine trimestriel « courant mai 2026 ».
Et de promettre : « Vous pourrez y retrouver certaines des figures clés de Frontières qui sont comme moi attachées à la Bretagne. »
Peut-être Erik Tegnér fait-il là référence à Jordan Florentin ? Connu pour ses micros-trottoirs provocateurs, réalisés au sein de mobilisations sociales, cet influenceur d’extrême droite est devenu en 2026 le nouveau directeur de publication de Frontières.
Lourd sac à dos sur les épaules, duquel pendent deux duvets, nous avons pu l’identifier, le 14 mai dernier, trépied de caméra à la main. Accompagné de « toute une équipe », selon des opposants ayant réussi à franchir le dispositif de sécurité pour « s’inviter » à l’inauguration de la brasserie.
De ce projet médiatique, comme du « procès en entrisme breton » intenté par des habitants et la maire de Pléguien, nous ne saurons rien. Éconduits poliment mais fermement, à trois reprises, c’est finalement à proximité d’une tireuse à bière que nous avons brièvement pu échanger avec Erik Tegnér.
« J’ai déjà longuement répondu aux questions de certains de vos collègues, dit-il à Splann !. Et si je ne souhaite la présence d’aucun média dans l’enceinte de la brasserie, c’est simplement parce que je ne veux pas qu’on dise que c’est un lieu où l’on fait de la politique. »
Quand on lui demande à quel moment nous pourrons discuter avec lui, l’homme de médias coupe court, esquissant un léger sourire, mi-satisfait mi-provocateur, en direction de son collègue Jordan Florentin : « Je viens de vous le dire, ici, je ne souhaite la présence d’aucun journaliste, pas même de médias amis. »
Boîte noire
Mise à jour du 10 juin 2026 : Contrairement à ce que nous indiquions dans la première version de cet article, Éric Tegnér n’est pas membre du micro parti Identité-Libertés, mais bien proche de sa présidente Marion Maréchal. Il fut exclu du parti Les Républicains en 2019 après avoir organisé une « convention de la droite » visant à rapprocher la droite et l’extrême droite.
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